
Le taux d'emploi suisse atteint 80% au quatrième trimestre 2025 selon l'OFS, contre 70,3% au Luxembourg selon Eurostat, un écart qui explique en partie pourquoi la Confédération absorbe mieux la pression de ses loyers.
Les loyers annoncés progressent de 3,0% sur un an au Luxembourg au quatrième trimestre 2025 selon le STATEC, un rythme désormais proche de l'inflation nationale.
Le frein luxembourgeois ne se situe pas dans le volume d'emplois disponibles mais dans l'activation de la population résidente, notamment les seniors et les publics éloignés du marché du travail.
En Suisse, la question du logement occupe une place centrale dans le débat public. Plusieurs ménages interrogés par 20 Minutes consacrent désormais bien plus que le traditionnel tiers du revenu au logement, avec des situations atteignant 47% voire 65% des revenus dans certains cas rapportés par le quotidien suisse, qui cite des témoignages recueillis directement auprès de locataires.
Pourtant, selon les chiffres de l'Office fédéral de la statistique (OFS), la part moyenne du logement et de l'énergie dans le budget des ménages suisses est passée de 14,9% sur la période 2012-2014 à 14,1% en 2020-2021, un chiffre qui paraît contredire le ressenti individuel mais qui s'explique par la moyenne statistique lissant des situations très disparates selon les revenus.
Ce paradoxe s'explique en grande partie par un marché du travail particulièrement dynamique. Selon les données de l'OFS relayées par Trading Economics, le taux d'emploi suisse atteignait 80% au quatrième trimestre 2025, un niveau qui permet de répartir le poids des loyers élevés sur une base beaucoup plus large d'actifs. Au Luxembourg, la situation est différente : selon les données d'Eurostat relayées par le réseau EURES, le taux d'emploi s'établissait à 70,3% en 2023, soit près de dix points de moins que la Suisse. Le chômage luxembourgeois, de son côté, se maintient proche de 6% selon la Direction générale du Trésor français, un niveau jugé élevé au regard des standards historiques du pays.
Le marché immobilier luxembourgeois affiche lui aussi des tensions marquées. Selon le dernier "Logement en chiffres" publié conjointement par l'Observatoire de l'habitat et le STATEC, les loyers annoncés des appartements ont progressé de 3,0% au quatrième trimestre 2025 sur un an, un rythme désormais très proche de l'inflation nationale mesurée à 2,9%. Les loyers en cours de bail évoluent toutefois plus modérément, avec une hausse limitée à 1,4% sur la même période, ce qui traduit un écart croissant entre nouveaux contrats et baux existants.
Contrairement à la Suisse, le Luxembourg ne souffre pas d'une absence d'emplois disponibles. Le pays reste structurellement en tension sur certains profils qualifiés et continue de dépendre fortement de la main-d'œuvre frontalière pour pourvoir ses postes. Le frein ne se situe donc pas dans le volume de l'emploi disponible, mais davantage dans l'activation effective de la population résidente en âge de travailler, notamment chez les seniors et certaines catégories sous-représentées sur le marché du travail.
L'exemple suisse rappelle qu'un taux d'emploi élevé constitue un puissant amortisseur face à la cherté du logement, en élargissant la base de contribuables et de consommateurs capables d'absorber des prix élevés. Pour le Luxembourg, cela suppose de continuer à mobiliser les leviers RH déjà identifiés par les acteurs du marché du travail, à savoir le maintien en emploi des seniors, la réduction du halo du chômage et l'amélioration de l'employabilité des publics les plus éloignés de l'emploi.
Cette piste rejoint des constats déjà documentés par le STATEC dans ses prévisions à moyen terme relayées par L'essentiel, qui table sur un taux de chômage encore proche de 6% en 2025 et un recul significatif attendu seulement à partir de 2027, la croissance de l'emploi restant timide et largement portée par le secteur public. Renforcer l'activation de cette population pourrait constituer, comme en Suisse, un facteur de résilience face à la pression immobilière plutôt qu'une simple variable d'ajustement budgétaire pour les ménages.
Le Luxembourg dispose déjà d'un arsenal de dispositifs légaux qui pourraient être davantage mobilisés par les directions RH. Le Code du travail prévoit notamment quatre mécanismes principaux pour favoriser le maintien et le recrutement des seniors, allant de l'aide à l'embauche de l'ADEM pour les chômeurs de 45 ans et plus à l'exonération de cotisations patronales pour les salariés de 57 ans et plus, en passant par une aide à l'adaptation des postes de travail pouvant atteindre 20 000 euros. Le taux d'activité des 55 ans et plus a ainsi progressé de 45,5% en 2005 à 55,4% en 2025 selon le STATEC, une dynamique encore insuffisante à l'échelle européenne mais qui montre la marge de progression disponible.
Au-delà des seniors, l'ADEM propose également des dispositifs d'activation destinés aux chômeurs de longue durée, avec une prise en charge progressive des frais salariaux pouvant aller jusqu'à 100% la première année d'embauche. Pour les directions RH luxembourgeoises, l'enjeu consiste donc moins à créer de nouveaux outils qu'à mieux faire connaître et utiliser ceux qui existent déjà, en traitant l'activation des publics éloignés de l'emploi comme un levier stratégique au même titre que le recrutement de profils qualifiés à l'international.
Le rapprochement avec la Suisse, plutôt qu'une comparaison terme à terme, invite donc à requalifier l'enjeu du logement luxembourgeois comme un enjeu d'emploi tout autant que d'offre immobilière. Augmenter le taux d'emploi résident, en parallèle des efforts déjà engagés sur la construction et la régulation des loyers, permettrait de répartir la pression du coût du logement sur une base économique plus large, à l'image du modèle helvétique.