
Le taux de chômage corrigé des variations saisonnières est passé de 6,2% en mai à 6,4% en juin, un niveau inédit depuis janvier 2021.
La hausse du chômage touche particulièrement les demandeurs d'emploi qualifiés (+19,1% sur un an) et les 30-44 ans (+12,8%).
Les employeurs ont dans le même temps déclaré davantage de postes vacants à l'Adem, avec 3 167 nouvelles offres en juin, soit une progression de 7,2% sur un an.
Le marché de l'emploi luxembourgeois traverse une période contrastée. D'un côté, le nombre de demandeurs d'emploi continue de croître, en particulier chez les profils les plus qualifiés. De l'autre, les entreprises annoncent davantage de postes vacants, un signal qui pourrait pourtant laisser penser à une dynamique de recrutement plus favorable. Cette situation, qualifiée de paradoxale par l'Adem, invite à une lecture nuancée des tendances du marché du travail au Luxembourg.
Selon les chiffres publiés le 20 juillet par le Statec et l'Adem, le taux de chômage corrigé des variations saisonnières s'est établi à 6,4% en juin 2026, contre 6,2% le mois précédent. Il s'agit du niveau le plus élevé enregistré depuis janvier 2021 dans la série mensuelle du Statec. À la fin du mois de juin, l'Adem comptait 19 619 demandeurs d'emploi résidents disponibles inscrits, soit 1 733 personnes de plus qu'un an auparavant, ce qui représente une progression de 9,7% sur un an, contre 6,5% en mai.
Cette hausse du chômage a concerné l'ensemble des tranches d'âge, mais elle s'est révélée particulièrement marquée chez les demandeurs d'emploi les plus qualifiés. « La progression annuelle a été particulièrement marquée chez les demandeurs d'emploi les plus qualifiés », a indiqué l'Adem dans sa mise à jour du 20 juillet, précisant que leur nombre a bondi de 19,1% sur un an.
Les personnes âgées de 30 à 44 ans ont, quant à elles, enregistré la plus forte progression par tranche d'âge, avec une hausse de 12,8%, tandis que les métiers du secrétariat et de l'administration, de l'informatique, de la comptabilité et de la gestion ainsi que du secteur bancaire figurent parmi les domaines les plus touchés par cette augmentation des inscriptions.
Un autre indicateur retient l'attention : le nombre de résidents percevant l'intégralité des prestations de chômage a baissé de 4,5% sur un an, pour s'établir à 9 904 personnes en juin. Ce chiffre concerne toutefois un périmètre différent de celui des demandeurs d'emploi disponibles inscrits, et les données des trois derniers mois restent susceptibles d'être révisées une fois les droits aux allocations validés a posteriori.
Par ailleurs, 1 573 résidents supplémentaires en reconversion professionnelle ont perçu une indemnité d'attente ou une indemnité d'attente professionnelle, soit une hausse de 2,5% par rapport à juin 2025. Le nombre de résidents participant à des programmes d'aide à l'emploi a lui aussi progressé, de 3,4%, pour atteindre 4 605 personnes. En incluant résidents et non-résidents, 10 961 personnes ont perçu l'allocation de chômage complète en juin, soit une baisse de 4,7% sur un an, les résidents représentant 90,4% de ces bénéficiaires.
Paradoxalement, cette dégradation du marché de l'emploi s'accompagne d'une hausse simultanée des offres disponibles. Les employeurs ont déclaré 3 167 postes vacants à l'Adem en juin, soit 7,2% de plus qu'en juin 2025. Le stock de postes disponibles en fin de mois a également augmenté, de 3,1%, pour atteindre 7 081 postes.
Les hausses les plus marquées concernent la conception et la planification dans le secteur du bâtiment, le nettoyage industriel, le travail social et socio-éducatif, ainsi que les soins paramédicaux, des secteurs souvent distincts de ceux où les inscriptions de demandeurs d'emploi progressent le plus fortement, à savoir le secrétariat, l'informatique, la comptabilité et la banque.
Cette situation illustre un possible décalage entre les compétences recherchées par les employeurs et celles des demandeurs d'emploi disponibles sur le marché luxembourgeois. Elle confirme également une tendance observée dès le mois de mai, où le nombre d'offres d'emploi progressait déjà par rapport à l'année précédente, bien que le nombre de postes disponibles ait alors reculé, contrairement à la situation de juin où les deux indicateurs sont désormais orientés à la hausse.
Le nombre de demandeurs d'emploi non résidents disponibles pour travailler a connu une progression nettement plus rapide que celle des résidents, avec une hausse de 25,2% sur un an pour atteindre 4 144 personnes à la fin du mois de juin. Les nouvelles inscriptions de non-résidents ont elles aussi augmenté, de 15,8%, pour s'établir à 784, représentant 24% de l'ensemble des inscriptions du mois.
Parmi ces demandeurs d'emploi non résidents, 2 421 se trouvaient en reconversion professionnelle externe, soit une hausse de 9,7% sur un an, ce qui représente 58,4% du total des non-résidents inscrits. Ces derniers sont soumis aux mêmes conditions d'éligibilité à l'aide financière de l'Adem que les résidents.
Par ailleurs, l'agence précise que « les autres demandeurs d'emploi non résidents inscrits auprès de l'Adem l'ont fait de leur plein gré, sans avoir droit à aucune aide financière », un groupe dont l'effectif a bondi de 55,9% pour atteindre 1 723 personnes, soit 41,6% de l'ensemble des demandeurs d'emploi non résidents disponibles.
Les chiffres publiés par le Statec et l'Adem pour le mois de juin 2026 dessinent un marché du travail luxembourgeois traversé par des dynamiques contradictoires. La hausse continue du chômage, portée notamment par les profils qualifiés et les non-résidents, coexiste avec une progression des postes vacants qui ne suffit pas à absorber l'ensemble des demandeurs d'emploi disponibles.
Cette évolution du taux de chômage, au plus haut depuis plus de cinq ans, invite les acteurs RH et les décideurs économiques du Grand-Duché à surveiller de près les prochaines publications du Statec et de l'Adem, afin de mieux anticiper les besoins de recrutement et les ajustements nécessaires du marché de l'emploi.